Listen/Ismaii de Philippe Aractingi
L’amour comme une forme de résistance

PAR

AIDA KASSAB

PARAKEVAS

POSTÉ LE

11 Novembre

2017

Dans les rôles principaux on retrouve Hady Bou Ayash, Rouba Zaarour, Yara Bou Nassar, Rafic Ali Ahmad, Joseph Bou Nassar et Lama Lawand.
À travers un voyage dans le monde du son et de l’écoute, «Listen/Ismaii» tourne autour de l’amour en tant qu’une des plus fortes formes de résistance. Le film est l’histoire d’un jeune ingénieur du son, Joud, homme doux et discret, qui séduit Rana, une jeune actrice pétillante et rebelle, en l’initiant à son univers de sons. Mais un jour, Rana disparaît. Pour la retrouver, Joud aura recours à des sons et des messages qu’il enverra à sa dulcinée grâce à la complicité de Marwa, la sœur de Rana.
«Mon film est avant tout une histoire d’amour, une histoire simple, d’un jeune homme qui aime une jeune femme et qui tient à lui rester fidèle», explique Philippe Aractingi.
«Une histoire d’amour, dans un contexte tel que celui du Liban, avec Daech aux frontières et plus de 2 millions de refugiés syriens à l’intérieur, est une forme de résistance. Résistance à la peur et à la mort. Un film d’amour, c’est un film sur l’espoir; la pulsion de vie face à la pulsion de mort. Eros face à Thanatos. En choisissant de faire un film sensuel, je choisis de rester du côté du désir, de l’appétit de vivre», souligne le réalisateur.
«Listen est un film qu’il faut écouter. Un scénario qu’il faut entendre autant que lire. C’est un film sur le bruit mais aussi et surtout sur le silence. J’aimerai que le spectateur puisse écouter ce que Joud enregistre, ce que ses oreilles entendent, ce que son micro et son casque nous proposent...», déclare Aractingi.
«Les ambiances sonores dans ce film seront très souvent chargées de bruits, de dialogues qui s’entrechoquent… Tout un monde sonore qui, en apparence, n’a pas de sens et qui, dans son ensemble, sera cohérent. Un monde volontairement bruyant afin que le spectateur puisse mieux apprécier les plages de silence qui s’ouvriront à lui de temps en temps. Surtout, vers la fin», ajoute-t-il.
Le film se penche également sur le rôle de la femme et la question de fidélité dans la société libanaise. «Au Liban, les femmes évoluent vite mais restent, malgré elles, prisonnières de ce «devoir social» qui les pousse à trouver un homme pour se caser et fonder une famille. Mais au Liban, il y a aussi 1 homme pour 8 femmes. Et dans ce contexte, les femmes deviennent audacieuses dans leur quête. Au milieu de toutes ces tentations, Joud va essayer -malgré son trouble- de rester fidèle à une seule femme, Rana», souligne le réalisateur.

Un parcours d’expériences et de diversités
Aractingi aborde cette histoire d’amour, qui se passe au Liban d’une façon très réaliste. Il glisse dans son film des scènes d’amour et de nudité - une première au Liban - d’une manière simple et naturelle, non pas dans un but commercial bon marché, mais plutôt comme une pierre blanche dans l’Histoire du cinéma libanais,
Aractingi est connu pour la diversité dans ses travaux et son insistance permanente à dépasser les limites traditionnelles. Sa curiosité naturelle l’a porté à essayer des techniques cinématographiques nouvelles. Son premier film, Bosta (2005), une comédie musicale, a montré au public une nouvelle vision de l’après-guerre et mis l’accent sur la capacité des Libanais à s’adapter. Avec ses 140 000 entrées au Liban, chiffre record en 25 ans, ce «road movie», à la fois ludique et réaliste, réconcilie les Libanais avec leur cinéma, et ouvre la porte à une nouvelle génération de films.
Lorsqu’en 2006 une autre guerre éclate au Liban, Philippe Aractingi, habitué à filmer dans l’urgence, décide de tourner son deuxième long-métrage. Filmé deux jours après la fin du conflit, «Sous les bombes» (2008) place deux comédiens professionnels au cœur du drame, dans le Sud du Liban, face aux vrais acteurs de la guerre (civils, militaires, secouristes, etc.), qui incarnent leur propre rôle. Cette fiction tournée en décor réel, qui mêle scènes improvisées et écrites, a été distribuée dans une vingtaine de pays. «Sous les bombes» a été sélectionné aux festivals de Venise, Sundance et Dubaï et a remporté à ce jour 23 prix.
«Bosta» et «Sous les bombes» ont représenté le Liban aux Oscars.
Pour son troisième film, Philippe Aractingi avait pris le pari d’une nouvelle écriture, cette fois-ci autobiographique. Héritages (2014) raconte les exils répétés de sa propre famille, sur quatre générations et cent ans d’histoire. Le film passe avec légèreté des images d’archives aux scènes reconstituées et à des moments plus intimes, en gardant le sourire même si les sujets traités sont graves: la mémoire et la transmission. Sorti en France et au Liban, le film est actuellement un sujet d’étude dans plus de 30 établissements scolaires et universitaires.

art & culture

Joud est ingénieur du son
Rana est actrice de profession
Marwa enseigne la littérature arabe à l’université
Dans son tout dernier film «Listen/Ismaii» qui est sorti dans les salles libanaises le 9 février, Philippe Aractingi dresse le portrait de trois personnages très différents. Trois jeunes Libanais modernes et enthousiastes.