MAUVAISE LANGUE

PAR

AIDA KASSAB

PARAKEVAS

POSTÉ LE

22 Septembre

2017

Beyrouth Marche

Ce fameux «Hi, kifak, ça va?», tout le monde le répète avec fierté (comme un fait d’armes) ou avec étonnement (étranges ces Libanais polyglottes!). On savait donc qu’à la gymnastique des langues, les Libanais étaient rompus et que cela leur donnait certes beaucoup d’avantages sur le marché du travail. Cependant, ce que l’on ignorait, c’est que le monde de la publicité s’en était emparé sans craindre de ne pas viser les publics qu’il souhaitait cibler!
Ainsi, il y a quelques semaines, sur une méga banderole du côté du Forum de Beyrouth – méga signifie de la taille d’un bâtiment d’au moins six étages – on pouvait lire ceci: «COUP DE BALAI, ON ALL CARPETS»! Pour un anglophone, «coup de balai» n’est pas une expression ordinaire! Ce n’est pas sa tasse de thé, pour rester chez les Insulaires! De même, pour un francophone, «carpet» pourrait poser des difficultés, surtout si rien visuellement ne venait renforcer le «coup de balai» et les «carpets». Ainsi, cette publicité qui ne craint nullement de mêler les torchons avec les serviettes pose un axiome audacieux et de mauvais augure: Les Libanais ne comprennent plus l’arabe!

LES AVIS SONT PARTAGÉS
Certain-e-s sont ravi-e-s de constater que la municipalité a pensé honorer une grande dame de l’éducation au Liban en attribuant son nom à une rue en vue dans le secteur Hamra. D’autres, s’en étonnent en regrettant que des noms prestigieux demeurent dans l’ombre.
La rue Raymonde Abou est bienvenue. Parce qu’elle est une femme dans un pays qui s’obstine à refuser aux femmes la place qui leur revient. Parce que ce chef d’établissement de premier rang aura marqué de si nombreuses générations et que cela fut obtenu par un acharnement exemplaire au travail.
Toutefois, on peut en même temps se demander si/espérer que le Conseil municipal, en baptisant les rues de la capitale, n’obéit pas à des critères subjectifs mais qu’il suit des indicateurs établis en toute transparence et applicables à tou-te-s.


RAYMOND EDDÉ, PHILOSOPHE
Je me frotte les yeux et je relis! «Où est le temps?» / «Où est mon âme?»! On aura tout vu dans cette ville foisonnante qui se met à la poésie et la philosophie! Il est vrai que le temps fonde notre être depuis la naissance jusqu’à la mort. Notre corps qui grandit puis décrépit, c’est le temps à l’œuvre. Mais pourquoi le questionnement? Pourquoi le où? Le temps est partout. Qui le cherche est Diogène portant sa lanterne en plein jour. Trouble, rue Raymond Eddé.

MARQUER DES POINTS
Avec ce terrain de football récemment aménagé entre les taudis du quartier Karm el Zeitoun, ce ne sont pas les équipes de jeunes qui viennent taper dans le ballon qui, eux seuls, marquent des points mais également la municipalité. Initiative positive qu’il faut saluer et multiplier.

J’ÉCRIS TON NOM, LIBERTÉ
Cette photo prise à la rue de Damas montre la force invincible de la vie que rien ne brime; que rien n’enferme; dont rien n’arrête la croissance. Ni la pierre, ni l’asphalte, ni le fer. Voici sa marche inexorable. Voici son enracinement qui soulève des montagnes.